Barbares du Nord et de l'Est

Chassé sur cette île par la Désolation comme tant d’autres, je me suis aussitôt mis à l’oeuvre en espérant faire profiter les autres réfugiés de mes découvertes. Arpentant le nord-est de Lûn, j’ai fait connaissance avec des populations humaines indigènes et, avec un peu de persévérance et de diplomatie, ai réussi à en apprendre beaucoup sur eux. 

Bien qu’à première vue il peut sembler que toute cette partie de l’île ne soit peuplée que de clans et tribus disparates, plus ou moins primitifs, il existe une différence fondamentale à leurs yeux qui divisent les barbares du nord et de l’est. Elle se trouve dans la manière qu’ont ces peuplades de traiter leurs morts, qui au fil des siècles est devenue prétexte à un conflit perpétuel.

Les tribus du nord pratiquent la crémation et entreposent les urnes dans les maisons des vivants. Ces reliquaires sont souvent ornés de runes qui rappellent que la vie est éternelle pour ceux qui suivent et vénèrent la terre des plaines du nord, sa lumière et ses bontés. Avoir un grand nombre d’ancêtres sous son toit est un grand honneur et démontre à quel point sa famille est respectable, puissante et ancienne. L’un des rites annuels les plus importants est la Fête des Ancêtres où toutes les urnes sont exposées, ainsi que les plus grands trésors de la tribu. La foi de ces populations en leurs ancêtres est telle qu’il arrive parfois que les guerriers partent avec des urnes au combat afin qu’ils puissent guider leur bras.

Dans l’est, par contre, les coutumes relativement moins folkloriques veulent que les morts soient mis en terre puis qu’une stèle soit érigée sur la tombe et gravée d’une prière à leur dieu du vent et du changement.

Les populations barbares sont unies dans leur conviction que les rites funéraires des autres sont intolérables et la preuve de leur infériorité morale. Cyniquement, il semblerait que cette différence soit aisément invoquée pour provoquer ou justifier des batailles dont la source est toute autre et souvent bien plus bassement matérielle. Toutefois d’après les témoignages que j’ai recueillis, il semblerait que les dernières années aient été les plus tranquilles de mémoire d’homme et qu’une paix durable était espérée. 

Cet espoir fût oublié avec l’arrivée récente des mercenaires du Croc Sanglant, pulvérisant le fragile équilibre des forces de la région. Face aux méthodes militaires efficaces et expéditives des nouveaux arrivants, les tribus des grandes plaines du nord se sont trouvées forcées d’émigrer vers l’est. Les anciennes querelles furent ravivées et les combats reprirent, attisés par le fait que dans l’est moult stèles funéraires avaient été retrouvées profanées et que dans le nord de nombreuses urnes avait été dérobées, outrages ultimes s’il en est. Des rumeurs de déviances nécromantiques, de rituels impies et de cannibalisme s’ajoutèrent rapidement aux exactions que les tribus barbares s’accusaient entre elles d’avoir commises.

Tandis que les forces du Croc Sanglant étaient forcées de ralentir leur avance et de se disperser pour couvrir les territoires nouvellement conquis, les peuplades indigènes commencèrent à se réorganiser età se renforcer après une série de défaites consécutives dévastatrices qui semblaient avoir scellé leur destin. 

Les Valkoniens se réunirent autour d’une puissante Reine-sorcière aux nouveaux pouvoirs impressionnants et à la résilience inouïe parmi une population pourtant hardie. Avec un cercle de guerriers d’élite déterminés, les fameux « Kirves », elle commença à faire payer un lourd tribut à quiconque contestait la souveraineté de ses terres. 

Le grand Clan du Triskell quant à lui, forma une légion composée des vétérans les plus aguerris de tous les clans mineurs qui le composent. Depuis la « Compagnie du Triskell » est une troupe crainte à juste titre par ceux qui s’attaquent à leur domaine.

– Extrait du manuscrit du maître cartographe et explorateur Emile Duprès, 1281 CU