Messies et Empereurs

Lors de la création de l’Empire Unique, le Premier Messie qui avait réuni les royaumes fondateurs autour de lui, a couronné le plus apte de ses suivants pour administrer le domaine de l’Unique. Se délestant des affaires de l’état sur les épaules de l’empereur, il pouvait ainsi continuer à porter son message aux peuples du monde sans être retenu par les vicissitudes profanes inhérente à la gestion d’un gouvernement.

Lorsque le Premier Messie périt, son enveloppe mortelle brisée par la haine des païens et précipitée dans ce qui allait devenir la Mer des Larmes, l’Unique apparut à l’empereur et le chargea, non de le venger, mais de trouver son successeur. Ce mandat céleste fit de lui un « saint empereur ». Ainsi commença le cycle des messies et des empereurs : l’un chargé de porter la parole de l’Unique, l’autre de gérer son domaine et mutuellement responsable de leur remplaçant. 

Le lyrisme de la langue ancienne rend parfois difficile de séparer l’allégorie de la vérité. Les textes les plus antiques relatant de la recherche et de la découverte du nouveau Messie parle d’individus à la divinité évidente, reconnaissable de tous. Par exemple, le Second Messie est décrit possédant une paire d’ailes majestueuses émergeant de son dos et qui lui aurait permis de se déplacer aux quatre coins d’Esagil. Le Troisième aurait possédé un œil supplémentaire au milieu du front lui permettant de voir à travers toutes illusions et scruter l’âme des hommes qui se présentaient à lui et La Cinquième aurait eu une peau d’or, mesurait deux fois la taille d’une femme adulte et la force de dix. 

Il existe certains indices provenant de textes écrits en d’autres langues qui corroborent ces descriptions. Le Quatrième Messie est aussi connu sous le nom du « Dieu Cornu » dans certaines écritures elfiques décrivent un homme de taille exceptionnelle à la tête ceinte de bois de cerfs. On peut imaginer que des traits tels qu’une perspicacité, noblesse ou des faits d’armes hors du commun aient inspiré les auteurs de ces chroniques à ces descriptions fantastiques, engendrant ainsi la mythologie de l’Unique et de ses premiers serviteurs 

Contrairement aux messies, les empereurs sont rarement présents dans les chroniques. Plus administrateurs que héros, leurs gloires sont tranquilles avec quelques exceptions. Uriel V est connu pour avoir mené une croisade génocidaire à travers ce qui allait devenir la Comarne pour venger la mort de sa femme et de leur fils. Son expédition était justifiée par la recherche du nouveau Messie, ordonner le massacre d’Irone et ne l’était pas.  

Le cycle fût brisé à plusieurs reprises durant l’histoire de l’Empire. En 364, le vaisseau amiral transportant le Saint Empereur Antonius II coula lors d’une tempête, emportant tout son équipage, avant qu’il puisse trouver le nouveau messie. Cette situation était sans précédent après quatre siècles de successions. La stabilité de l’empire fût assuré par le triumvirat du premier administrator, du grand commodor et du iudex suprême du Ministerium, jusqu’à ce qu’un nouveau messie fût découvert par le clergé, une pieuse enfant des Îles de Jade dont l’imposition des mains guérissait miraculeusement les fidèles. A son arrivée à la capitale, le premier administrator fût nommé empereur. 

Révélant cette vulnérabilité de l’empire, les ennemis de l’Unique ont tenté plusieurs fois de briser le cycle en visant empereur et messie à la fois.  La « Conspiration des Cinq Cabales » est probablement la plus tristement connue. Cinq groupes de nécromants, démonistes, rebelles, hérétiques et criminels s’allièrent pour assassiner non seulement le chef de l’empire et l’élu de l’Unique mais aussi trancher les têtes du Ministerium et du clergé. Le seul survivant fût le Grand Commodor Victor de Talvas, protégé par l’élite de la Sicaria. S’auto-proclamant empereur, Victor Ier dû faire face au chaos engendré par les cinq cabales dont les plans machiavéliques ne faisaient que commencer. C’est durant cette période trouble de la fin du septième siècle du calendrier impérial que la Sainte Compagnie de la Phalange Noire fut formée à partir des troupes d’élites de Victor Ier et celle-ci mata, ville après ville, les insurrections instiguées par les cabales, tandis que la Sicaria éradiquait le mal depuis les ombres. Il fallut des décennies pour stabiliser l’empire après un tel choc.

En 725, les compagnies de l’Unique furent déployées pour de longues croisades visant à mettre les ennemis de l’empire sur la défensive tandis que la recherche du nouveau messie reprenait. Sans résultat pendant un siècle, la quête de l’élu pris un pas secondaire sur la maturation de l’empire. En 825, le Haut Père Marcus, chef du clergé, déclara dans un discours passionné réaliser qu’à travers les accomplissements de l’empire et de son peuple, le messie vivait dans le cœur des fidèles et qu’ensemble ils accomplissaient l’oeuvre de l’Unique. Ce discours de divinité partagée fût repris par les prêcheurs et les missionnaires à travers Esagil avec beaucoup de succès. Le messie était à présent immortel et au-delà de la portée des ennemis de l’Unique puisqu’il se trouvait en chacun. 

Durant les siècles qui ont suivis la fin des cinq cabales, plus d’une personne s’est avancé en tant que nouveau messie de l’Unique, prêt à passer les épreuves que le saint empereur imposait.  La première et la plus catégorique était celle de l’Eau du Jugement, une relique alchimique qui juge l’âme d’une personne. Seuls ceux dont l’âme était pure pouvait passer aux épreuves suivantes mais aucun ne fut à la hauteur. 

Lorsque la Désolation commença à consumer Esagil au début du onzième siècle, l’empire ne put ou ne voulut renouveler leurs efforts pour trouver le nouveau messie, prétendant jusqu’au bout que la foi, et l’essence divine de l’Unique en chacun, suffirait à protéger les fidèles. L’avenir prouva le contraire lorsque l’ìle de Lûn, une terre des plus païenne abritant les derniers réfugiés du monde, fût plongé dans les Brumes.

 

– Extrait de « Souvenirs d’Esagil » par Crosir de Mereal, 1283

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