+1114 CU – Chronique des armes runiques

Relu et corrigé – Amélie

1114 CU – Chronique des armes Runiques

Encore une fois, aujourd’hui, j’ai senti leurs sortilèges démoniaques tenter de me trouver… Cela dure depuis plusieurs années. Jamais ils ne s’empareront de mon savoir-faire et des secrets qui y sont liés.

Qui sont-ils ? Les Papes de l’Unique, cherchant inlassablement le secret de fabrication des épées runiques pour assouvir leur noir dessein. Malgré leur chantage, leur pression et leurs manigances, je reste fidèle à l’Unique.

Qui suis-je ? Eh bien, c’est une bonne question : mon nom est Primoclès, dernier maître armurier d’Esagil.

L’insistance des Papes de l’Unique a été telle qu’aujourd’hui je me suis senti sur le point de faillir. L’Unique en mon cœur m’a pourtant permis de garder constance. Mais, je ne sais combien de temps encore je pourrai leur résister. Viendra le jour où ils trouveront une faille et où je n’aurai pas d’autre choix que de saisir ma dague et de me la planter profondément dans le cœur avant que les troupes de la Phalange Noire ne défoncent ma porte…

Ainsi, étant le dernier gardien de nos secrets, je me dois de consigner par écrit ce savoir destiné aux fidèles suivants de l’Unique, ceux dont le cœur est bon et l’esprit pur.

Si vous lisez ces lignes, c’est que l’Unique ou une créature du Feu vous accompagne, car je vais sceller mon savoir dans une sphère de métal indestructible.  

Cependant, toi qui me lis, prend bien garde à toi! Les créatures du plan élémentaire du Feu sont sauvages, imprévisibles et elles cherchent toujours à décupler leur flamboiement. Comme toute créature de puissance élémentaire provenant des plans intérieurs, elles n’ont qu’une compréhension bien à elles du monde, des hommes et des plans. Seul leur élément trouve grâce à leurs yeux… enfin seulement l’idée qu’elles se font de cet élément, une de ses facettes particulières. Leur perplexité face aux choix humains et le non-sens qui les guide empêchent celles qui chercheraient à comprendre la nature des hommes d’y parvenir.

Ainsi, cher lecteur, j’espère que vous êtes venus en compagnie de notre seigneur et guide, l’Unique, dans son harmonie et sa bienveillance. N’oubliez jamais que l’Unique est en chacun de nous et que nous veillons les uns sur les autres dans une communion des âmes et des esprits. L’Unique existe à travers nous. Il est notre vie et nous sommes la sienne. Son existence est liée à la nôtre et son pouvoir surpasse ces simulacres de déités, porteuses de guerres et de misères, sacrifiant leurs fidèles sur l’autel du pouvoir et de la soumission.

Même si nous mourrons, l’Unique survit dans le souvenir de nos enfants et des générations qui nous succèdent.

Le savoir dont je suis le gardien est inscrit dans l’histoire de l’Empire Unique et c’est cette histoire que je vais vous conter.  

Il y a de cela très longtemps, alors que les êtres doués de conscience vivaient dans la crainte des dieux, un homme s’opposa à l’une de ces créatures de puissance divine. Il trouva en son sein la force de lutter et inspira ses proches par ses actes, acceptant son propre sacrifice pour le bien de sa communauté. Depuis lors, plusieurs êtres courageux se sont succédés pour perpétuer un combat qui semblait perdu d’avance. Étaient-ils des hommes, des femmes, des orques, des gobelins, des nains peut-être ou encore des hobbits ou des fées ?

Les anales ne le mentionnent pas, mais soulignent leur courage et leur persévérance dans la lutte contre les Puissances, qui depuis si longtemps les traitaient en esclaves.

Chaque victoire se paya au prix de centaines de morts. Mais à chacune d’elles, ils gravèrent une rune, représentant l’essence du combat gagné.

Une rune pour le Tout, pour l’Unité, l’Harmonie et l’Unique, vérité au fond de notre cœur.

Une rune pour le Chaos en toute chose, pour le sang et la folie qui nous habite.

Une rune pour le Vide qui lie les éléments entre eux et qui crée la vie.

Une rune pour le Vide qui délie et sépare la vie, les éléments et l’entropie

Une rune pour la Terre, pour la nature et la loyauté.

Une rune pour l’Air, pour la liberté et l’inspiration.

Une rune pour l’Eau, pour la compassion et la pureté.

Une rune pour le Feu, pour la passion et les changements d’état.

Une rune pour le Destin, la mort et ce qui fait la nature même des héros.

Et voilà le secret qu’aucun être ténébreux ne devrait pourvoir connaître : ces runes des temps anciens sont porteuses de pouvoir. Combinées sur une lame, elles octroient courage et espoir à celui qui dans son âme accepte le sacrifice de sa vie pour la liberté des peuples, pour le juste et le bon. 

Voilà mon frère, ma sœur, notre héritage, l’état de nos connaissances. Voilà les actes dont sont capables ceux qui marchent sur la terre pour y mourir, ceux qui ne sont protégés que par la force de leur propre volonté.

La liste est déjà longue n’est-il pas ? Bien entendu, il y a une histoire pour chacune de ces runes. Une histoire que j’aurais aimé vous conter si le temps lui-même ne m’était pas compté.

Une question subsiste néanmoins : à quoi ressemblent ces runes ? J’ai le regret de devoir annoncer que nous ne connaissons le tracé que d’une partie d’entre elles. D’autres essences divines et créatures n’ont pas été terrassées et n’ont pas révélé leurs secrets.

Au-delà de ce monde, j’ai pu de mes yeux constater l’existence de certaines d’entre elles : des entités plus vielles encore qui attendent tapies dans les Brumes ou dans les recoins du Multivers, des monstres indicibles, de patientes machines à tuer, des anges d’une aveuglante beauté, des créatures dédiant leur vie à créer ou encore des parasites aspirant et se nourrissant de nos malheurs et de nos bonheurs.

À mesure que ma plume glisse sur ce parchemin, je me rends compte que j’écris un testament ; je suis en train de vivre mes derniers instants. Hier, j’ai détruit toutes les notes de la confrérie des maîtres armuriers. Seules quelques épées subsistent encore, témoins de ce savoir-faire ancestral.

Heureusement, la plupart d’entre elles n’est plus sur Esagil et vogue en compagnie de leur propriétaire à travers les plans. À terme, leurs porteurs utiliseront enfin leur pouvoir et elles se briseront unes à unes. Il y a peu de chance que les Papes de l’Unique puissent mettre à profit notre savoir. Ces quelques lames sont gardées par des hommes justes, bons et droits qui connaissent leur devoir. Tous préféreront briser leur armes plutôt que de voir ces dernières tomber entre les mains d’un ennemi de l’Unique.

Tous ces fidèles guerriers de l’Unique sont partis dans les Brumes voilà de cela une bonne dizaine d’années, avant même l’avènement et la prise de pouvoir des Papes de l’Unique. Pour ouvrir les portails vers les plans, nous avons utilisé les derniers souffles de magie du monde d’Esagil. Nous pensions que l’Unique était parti vers l’un deux, qu’il avait quitté Esagil pour d’autres mondes encore plus éloignés.

Malgré tous nos efforts et notre détermination, il faut nous rendre à l’évidence : nous n’avons pas cherché au bon endroit. Selon les messages qui nous sont parvenus de nos alliés élémentaires, il ne serait pas non plus dans les plans intérieurs. Les quelques émissaires de la mort que nous avons contactés, la Société des Affaires Spectrales, nous ont confirmé qu’il était toujours techniquement en vie et qu’il n’avait pas emprunté le lien astral vers une nouvelle incarnation ou un quelconque aboutissement de son chemin d’âme.

Que penser alors ? Pourquoi abandonner ainsi ses plus fidèles suivants ? Pourquoi laisser son monde d’origine à la merci de l’entropie ?  Pourquoi se volatiliser sans laisser une seule trace, un seul message ?

J’ai plusieurs théories personnelles à ce sujet qui ont l’avantage, si elles étaient véridiques, d’entretenir un peu l’espoir.

La première chose est que nous n’avons pas réussi à explorer tous les mondes et tous les plans de la création. Cette dernière est tellement vaste que je me demande s’il ne serait dans une dimension différente ou dans un plan tellement éloigné du nôtre que toute communication, même divine, serait impossible.

Sur Esagil, il reste des portails. Ces derniers avaient été créés du temps des grandes conquêtes et de l’âge d’or de l’Empire. Bon nombre sont tombés en poussière ou ont été oubliés au fil des siècles. Il nous manque désormais la magie suffisante pour les ouvrir, mais je ne perds pas espoir que derrière l’un d’eux se trouve celui qui comprend toute chose. Je me dis que face à la corruption des hommes d’église, face à la folie de certains, l’Unique a voulu nous mettre à l’épreuve, tester notre foi et notre force à survivre avec ses préceptes sans sa bénéfique présence pour nous épauler.

Cela dit mon plus grand espoir est ma profonde foi que l’Unique n’est pas parti sans nous laisser un signe, sans nous laisser un message. Sa dernière manifestation était sur l’île de Lûn. Depuis l’an 1004, l’accès au Temple de Thiers est totalement interdit par ordre des Papes de l’Unique. La raison officielle de cette interdiction est qu’il y aurait là-bas une faille démoniaque en activité. Mais selon toute vraisemblance, c’est là-bas qu’ils ont caché au monde d’Esagil le secret de la disparition de l’Unique.

Une autre rumeur prétend qu’après la disparition de l’Unique, un Pape de l’Unique du nom de Randall Tanasius se serait exilé sur un autre plan en utilisant un portail présent sur l’île de Lûn. Quoi qu’il en soit, il doit y avoir des indices dans le Temple de Thiers.

Initialement, nous étions 20 à avoir quitté Elyse pour nous rendre sur l’île, puis à Thiers. Au vu de la répression sanglante et de l’omniprésence des hommes de la Phalange Noire, je crois que nous avons vu juste. Demain, nous allons tenter de pénétrer à l’intérieur de la zone interdite.

Je clos ici le dernier chapitre de mon récit. Je vais en paix vers ma destinée, déterminé à découvrir ce qu’il est advenu de notre seigneur et guide… Que l’Unique vous garde et puisse le savoir des armuriers un jour ressurgir du passé. 

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