1283 CU – La mort de Lyriel

1283 CU – La mort de Lyriel

J’ai passé une grande partie de ma journée dans notre forteresse. Yazzar m’a autorisée à siéger sur son trône durant ses absences. Une marque de confiance dont je me suis montrée digne. J’ai aidé les âmes de bon nombre des habitants de Lûn à rejoindre leur corps. Cela malgré leur regard haineux et leur dédain.

Rare sont les vivants qui franchissent les portes de la pyramide. C’est assez exceptionnel pour être noté. Il était grand, plutôt mince et arborait un tatouage étrange sur le front. J’avoue n’avoir prêté aucune attention à son nom de naissance… mais un membre de mes troupes m’a confié que certains mortels l’appellent « le gardien de l’esprit ». Il ne manque pas de souffle celui-là.

Si je n’avais pas su que Yazzar s’était entretenu avec lui à de nombreuses reprises, je ne lui aurais accordé aucune crédibilité. Et après tout: aurait-il osé me mentir? Aurait-il osé dénigré ainsi Lyriel sans que cela repose sur de solides bases?

Après s’être agenouillé, il m’a regardé droit dans les yeux. « Votre apprentie dénommée Lyriel est une traître. Elle ne cesse d’aller et venir parmi les mortels pour leur révéler votre faiblesse. Elle les aide à créer une arme pour vous assassiner, avoua-t-il d’une traite. Je jure que je n’y aurais jamais cru… Mais le regard de Lyriel fut soudain envahi par la terreur et la culpabilité. 

Comment aurais-je pu l’ignorer? L’homme maigre était accompagné de quelques hommes. Trop de témoins. Un de mes gardes a placé le manche de sa masse dans ma paume… Je ne pouvais plus contenir ma fureur. Un, deux, trois, quatre, cinq… je ne retenais plus mes coups. La jeune Lyriel reposait désormais au sol, inerte.

Traîtresse! Vile créature elfique! Que son âme ne puisse jamais trouver la paix! 

Pourquoi est-il venu ce gardien de l’esprit? Pourquoi a-t-il foulé le sol de notre forteresse? Je jure qu’il n’a rien demandé en retour. Il est reparti, aussi mystérieusement qu’il est arrivé. Je me suis retirée à mon tour pour remettre de l’ordre dans mes pensées avant le retour du grand Yazzar. 

A son retour j’étais persuadée qu’il allait me battre à mort, à mon tour. Mais même si la colère se lisait sur son visage, il n’a pas même levé la main sur moi. Tous ces hommes croient voir en lui l’allégorie de la vilénie… S’ils savaient comme ils se trompent…