820 CU – Cie du Croc Sanglant – Les Frères d'Oros & le village du Bois de Rêve

Chronique du Croc Sanglant : Les Frères d’Oros

820 CU, Lûn, Bois de Rêve

Par Urus “Targe” Banhoffer, chroniqueur de la Compagnie

La Compagnie est entrée dans le Bois de Rêve voilà de cela plusieurs jours. Notre objectif est de mettre un terme définitif à l’influence d’un puissant cercle de sorciers humains, nommé les Frères d’Oros, qui imposent leurs lois dans le Bois de Rêve. Nous les avons débusqués alors qu’ils commençaient à étendre leur influence sur les villages environnants de Thiers. Leurs talents de nécromanciens et de sorciers de batailles ne sont pas à prendre à la légère. Lors du premier affrontement, nous avons perdu plusieurs de nos frères, fauchés violemment dès le premier contact par de puissants projectiles magiques. Afin de couvrir leur retraite, les sorciers ont relevé les corps des villageois et de nos frères morts.   

Désormais, tous les matins, les membres de nos troupes d’intervention reçoivent un sortilège qui les protège de la magie. Malheureusement, ce sort ne protège que du premier sort dirigé contre nos hommes. Nos ennemis sont retors et futés. Hier lorsque nous sommes entrés dans le Bois, l’avant-garde est tombée dans une embuscade.

Les sorciers ont ouvert les hostilités par des bourrasques de vent, balayant le sort de protection de nos frères. Puis ce fut le déluge de projectiles magiques sur ceux qui n’étaient pas munis de bouclier. Alors que nos troupes se ressaisissaient et formaient un mur efficace face aux attaques magiques, les assaillants ont lancé des sorts de sommeil sur notre première ligne. Heureusement que les éclaireurs archers du lieutenant « Moufte » ont accouru et ont commencé à riposter, mettant les adversaires en déroute, sans quoi nous perdions toute notre avant-garde. Désormais, nous intégrons un archer pour 4 hommes dans toute formation. Rien ne vaut une flèche entre les deux yeux pour arrêter une incantation.

Après quelques jours de marche dans le Bois de Rêve, nous avons trouvé un village d’elfes des bois. Ils nous ont accueilli et avoué, malgré la réserve habituelle de leur peuple, que plus au nord-ouest se trouva un village que l’on nomme « Lur tar’hag ». Ce dernier avait une terrible réputation. Son nom en langue commune voulait dire le « village des morts».

« Sully » le cartographe de notre compagnie est arrivé de Thiers au matin avec un vieil ouvrage dans ses fontes. Le capitaine a réuni les officier et nous avons écouté Sully nous conter une ancienne histoire. Elle parlait d’une puissance de la mort et du destin, nommée Oros, qui aurait asservi tout le Bois de Rêve et créé un véritable théâtre de morts-vivants dans toute la forêt. Oros fut vaincu une soir de pleine lune par une elfe dédiée à l’Unique, une héroïne du nom d’Enelyë. Selon les anciens textes, « il dort dans le village des morts, un mal qui ne peut connaître de fin ». Du temps d’Enelyë, les elfes avaient construit un Cairn afin de sceller la prison d’Oros.  

Durant la journée, j’ai abordé un elfe avec qui je me suis quelque peu lié d’amitié au cours de la soirée précédente. Son nom est Erwinel. Je lui ai demandé s’il connaissait la légende d’Enelyë et si cette dernière était vraiment, comme le suggère nos anciens textes, une suivante de l’Unique au sens où nous l’entendons. Sa réponse m’a fait profondément réfléchir. Selon lui, à l’époque de la guerre des puissances, les elfes et les humains vénéraient l’Unique en tant qu’entité d’harmonie universelle. De nombreuses autres races suivaient la même voie et luttaient main dans la main afin de se libérer du joug des terreurs nocturnes assoiffées de sang, des Roi-des-tombes et des demi-dieux déments. Bref, toute créature ayant un peu de pouvoir imposait son propre culte à des populations apeurées. Leur but étant bien entendu d’accroître leur propre pouvoir. En ces temps, combien de seigneurs dragons chevaucheurs de lézards des sables, combien de sorciers de bas étage doués en illusion ont gagné en puissance grâce à leur prétendue divinité ?

Selon Erwinel, l’Unique et la voie de l’Harmonie ont donné les armes et le courage aux créatures libres afin de leur permettre de lutter contre les puissances. Il a ensuite ajouté que toutes les puissances n’étaient pourtant pas mauvaises, mais qu’au cours des centaines d’années de vie du Royaume, puis de l’Empire Unique, certains humains étaient plus bêtes que d’autres et chassaient pour de mauvaises raisons. C’est à cette époque que les autres races se sont détournées de la voie de l’Unique comme les humains l’entendaient. Une voie par trop rigide et trop manichéenne pour eux.  

Pendant ce temps, vers le milieu de l’après-midi, le capitaine avait fini d’organiser une troupe mixe composée de locaux et de nos meilleurs éclaireurs. Elle avait pour mission de retrouver le Cairn de la légende.

A leur retour, nos éclaireurs ont pu confirmer nos craintes. Le Cairn avait été mis à bas et quelque chose avait été libéré.

Le capitaine nous a convoqué une nouvelle fois peu avant minuit et nous a exposé son plan de bataille. Il voulait attaquer de plein fouet le village des morts. Lors de son rituel d’Equilibrium quotidien, il avait vu une elfe d’une grande beauté qui lui avait conseillé d’attaquer à la pleine lune, d’ici trois jours.  Il espérait que cela nous assurerait une victoire peu coûteuse en vies.

Lorsque je rentrai me coucher dans mes quartiers, Erwinel m’attendait, une épée brisée en main : une ancienne lame runique de l’Unique, la lame d’Enelyë !

Nos armuriers furent convoqués immédiatement et furent des plus intéressés. Cependant, leur savoir en lames runiques était tout autant limité que le temps que nous avions à disposition. Ils parlèrent pendant longtemps avec le capitaine. Apparemment ces runes et la défaite d’Oros avaient à voir avec la présence de la pleine lune. Selon les armuriers, seul un objet contenant du Pyrium pouvait recevoir les runes et nous ne disposions d’aucun stock de ce minerai. Néanmoins, l’Étendard de la Compagnie était en partie imprégnée de Pyrium grâce à la partie du Bâton de l’Unique qu’il contenait. Ils proposèrent donc de graver ces runes sur la hampe en bois de notre Étendard et que « Poigne » s’occupe de la bête si cette dernière montrait le bout de son nez.

Lorsque nous sommes passés à l’attaque, l’Étendard de la Compagnie était en première ligne. Il protégea le gros de nos troupes des sorts hostiles lors de l’assaut principal. Puis, dans les rues du village, nous avons dû affronter une armée entière de mort-vivants, tout en traquant les sorciers d’Oros. Lorsque nos forces arrivèrent sur la grande place, nous avons interrompu un rituel en massacrant quelques mages. Au centre de leur cercle se trouvait toute la population du village. Des elfes, des humains, des satyres et quelques peaux vertes. Principalement des enfants et des femmes.

Soudain un cri retentit dans la nuit, puis un autre quelques minutes plus tard. Lorsque nous sommes arrivés à la source du premier cri, nous avons découvert deux de nos hommes un trou béant dans la poitrine. D’autres cris s’élevèrent ; de rapides appels à l’aide, de courts hurlements annonçant une mort sale et violente. Toutes les dix à quinze minutes, nous perdions quelques frères. Comment diable la créature se déplaçait-elle entre les maisons du village ?

J’étais avec le porte-étendard et nous nous précipitions à chaque esclandre d’un coin du village à un autre. Très vite,le capitaine nous ordonna de cesser de courir et de nous regrouper.  C’est alors que tous les morts se sont relevés et se sont jetés sur nous. Assaillis de toutes parts, nous nous sommes repliés sur la grande place afin de défendre chèrement les villageois et nos propres vies.

Au milieu de la bataille, soudain, les cris ont repris au cœur de nos lignes. C’est là que je l’ai aperçu.  

Un enfant du cru, au visage grimaçant, debout sur de petites jambes nues, ses bras maculés du sang de mes frères. Il possédait de longues et terribles griffes, là où auraient dû se trouver de petits doigts potelés.  

Une lueur démoniaque dans les yeux, le gosse se jeta sur le capitaine et le lieutenant « Moufte ».  En trois mouvements, ils étaient tous les deux morts. Mais ils purent ainsi donner une ouverture à notre porte-étendard. Lorsque « Poigne » arriva la lance à la main et s’apprêta à frapper la créature, cette dernière se retourna violemment et, d’un revers irréel du bras, expédia « Poigne » à 20 pas à travers le mur d’une habitation.  Je ne sais pas ce qui m’a pris, mais j’ai lâché mon bouclier et je me suis saisi de la lance qui était tombée à mes pieds. Elle pulsait entre mes mains comme un être vivant. Je sentais qu’elle était, tout comme moi, attirée par son destin. Alors qu’Oros continuait son carnage et d’un regard relevait une dizaine de nos morts, je me suis avancé tout en chantant l’hymne de la Compagnie du Croc. La hampe de l’Étendard continuait de pulser au rythme de mon chant et ceux de mes frères tombés qu’Oros avait relevés ne parurent pas me voir.  Avant qu’Oros ne se rende compte de ma présence, je perçai son flanc de toutes mes forces. Dans le même instant, le petit bras gauche de la créature m’arrachait la poitrine. Je suis mort sur le coup, la lance de notre Étendard s’est brisée à travers le petit corps enfantin d’Oros. Bien qu’immobilisé, le bambin ne voulait ou ne pouvait mourir. Mes frères le réduisirent en charpie, puis tentèrent de brûler ses restes, mais rien n’y fit. L’horreur continuait de régénérer encore et toujours. Ils plantèrent alors la hampe brisée de notre lance-étendard à nouveau dans son corps et constatèrent que la régénération cessait. Ils nous enterrèrent, la créature et moi, au centre du village. Mes mains cadavériques agrippées à la hampe comme dans une mise en scène macabre de mes derniers instants. Les corps de mes autres frères, des sorciers et des villageois furent ensuite tous brûlés. J’entends et je vois encore quelques fois leurs esprits.

Mon âme et mon esprit, quant à eux, sont condamnés à être les gardiens du village des morts, veillant avec l’Étendard de la Compagnie sur le sommeil éternel d’Oros. Chaque nuit de pleine lune, quelques vieux compagnons de la Compagnie reviennent dans le village et allument le brasero qui fut construit à l’endroit où Oros et moi, ainsi que tant d’autres frères, sommes tombés. Une nuit de pleine lune par an, je retrouve corps et je peux m’asseoir comme à l’époque autour du feu, boire, chanter et partager avec mes frères du Croc les nouvelles et les anciennes histoires de la Compagnie.

Béni soit la bonté et la grandeur de l’Unique. Il est en toutes choses, cherchant sans répit l’Harmonie et luttant contre la corruption. Puisses-tu, toi qui lis ces lignes, toujours garder à l’esprit le courage, le dévouement et le sacrifice des membres de la Compagnie du Croc Sanglant. Le combat pour l’Harmonie est une bataille perpétuelle au fond de tous les cœurs vaillants. Il n’y a pas plus grand honneur que de dédier son corps et son âme à cette lutte éternelle.

La Compagnie du Croc Sanglant est ma famille pour l’éternité.

Buvez à la santé de ceux qui sont tombés pour vous. Buvez à la santé du Croc Sanglant.

Urus “Targe” Banhoffer, chroniqueur de la Compagnie

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