Légende des Ancres du Monde

Légende des Ancres du Monde

La retranscription de ce texte est attribuée à un scribe du douzième siècle de l’Ère de l’Unique. Il fait mention de plusieurs termes comme « éther », « brumes », « stèles », « ancres » et fait référence à un événement apocalyptique ancien ayant des points communs avec la fin d’Esagil. Malgré ces liens apparents avec la situation actuelle de l’Île de Lûn, l’utilisation approximative et l’interchangeabilité de certains termes nous obligent à considérer la véracité de ce texte avec prudence.


La légende des Ancres du Monde remonte à longtemps, très longtemps, dans des temps que même les hommes qui ont assisté à l’avènement de l’Unique considéraient comme mythiques. Le monde à l’époque était différent d’aujourd’hui. Des chaînes de montagnes se sont formées et ont disparu depuis les événements qui nous intéressent, mais certains éléments n’ont jamais changé : la guerre et la destruction mettaient déjà à mal les espoirs des peuples.

Cet âge allait connaître un ennemi jusqu’alors ignoré, haïssant l’essence même de notre monde et provenant des recoins les plus ténébreux de l’univers. Dans une tentative de dissoudre toute matière dans une éternelle entropie, les forces de l’Éther se déversèrent sur les terres. Leur avancée fut d’une fulgurance sans nom dans les premiers siècles du conflit. Nul ne semblait pouvoir s’opposer à l’implacabilité des brumes qui transformaient toute créature qui résistait en un fantôme torturé dont l’âme était condamnée à errer entre deux mondes jusqu’à la fin des temps en grossissant les rangs des armées éthérées.

L’étendue de la dévastation était telle que des continents entiers furent morcelés en des petites îles qui sombraient l’une après l’autre dans les brumes. Le tissus même de la réalité s’effritait à l’approche de l’Éther. Devant leur incapacité à endiguer l’invasion éthérée, les habitants du monde commençaient à perdre espoir lorsqu’un des pouvoirs les plus puissants de la création s’éveilla à la conscience : des flux de magie parcourant le monde naquirent des entités dotées de pouvoirs quasi divins qui s’échinèrent à repousser l’assaut.

L’une de ces entités, dont le nom fut oublié après que le temps l’ait effacé des stèles gravées en son honneur, résolut de protéger les terres en les ancrant au sein même de la réalité par la force de la magie pure. Pour ce faire, elle concentra les flux de magie qu’elle lia à sa propre essence, matérialisant cette force inouïe sous forme de stèles dispersées dans chaque région de chaque continent. Ces pierres devinrent le bouclier de la réalité, protégeant de leur magie les régions dans lesquelles elles étaient placées.

Ne pouvant plus morceler le monde matériel, les forces de l’Éther furent repoussées aux frontières de la réalité par les entités magiques qui purent ainsi rejoindre les rangs des premiers dieux. Les brumes ne purent être détruites, étant un des composants fondamentaux de l’univers, mais leur pouvoir fut réduit à une ombre infime de ce qu’il fut auparavant. L’Éther n’était plus que le lieu de vie des rares fantômes qui avaient survécu à la guerre, visité uniquement par des êtres vivants en bordure du Monde.

Pendant des milliers d’années, ces pierres furent vénérées et protégées, de part leur nature de seul rempart face à la destruction causée par l’Éther. Mais avec le temps, le souvenir de cette guerre ne fut plus aussi vif dans l’esprit des gens, la mousse recouvrait les plaques à la mémoire des héros de cette époque et les vents avaient effacé la face de leurs statues. Certains commencèrent à considérer ces stèles comme des sources de pouvoir et cherchèrent un moyen de se l’approprier. Au fil des millénaires, des rumeurs confortèrent leurs idées, colportant des histoires de nations et d’empires ayant survécu à leur passage dans les brumes et continuant à exister isolés du reste du Monde. Que ce soit pour s’isoler définitivement d’ennemis gênants ou pour acquérir des pouvoirs que seuls un artefact constitué de magie matérialisée telles que les stèles, certains eurent même l’audace de commettre l’ultime sacrilège en profanant ces stèles, chacune de ces tentatives se terminant par un horrible cataclysme où des continents entiers furent avalés par l’Éther qui continue à attendre la moindre occasion d’envahir notre Monde.